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Toucher et voler : de Boltanski à la visite du National Tokyo Museum

Hier soir il y avait au Tokyo Art Club une conversation de Christian Boltanski avec Grégoire Robinne des Éditions Dilecta. Boltanski a parlé de sa prochaine exposition Take Me (I’m Yours) à la Monnaie de Paris. Le principe est d’encourager le visiteur à toucher et emporter des objets de l’exposition. Selon Boltanski, on veut « toucher et voler » dans un musée, précisément parce que c’est interdit. C’est une conception intéressante, mais évidemment inapplicable pour la plupart des expositions et musées. Cependant la présentation de Christian Boltanski faisait écho à ce que j’ai observé il y a quelques jours dans le Tokyo National Museum.Dans ce musée, outre de magnifiques oeuvres d’art japonaises et asiatiques, il y a une salle très intéressante qui se situe à la moitié du parcours de la galerie japonaise. Dans cette salle, il y a plusieurs dispositifs : un atelier de tampons qui permet de créer ses propres cartes postales, un mur où étaient affichés différentes étapes de la conception d’une oeuvre, des écrans tactiles, un dispositif permettant à l’aide d’un détecteur de mouvement de contrôler un écran avec ses mains et un stand de découverte tactile de différents matériaux. Cette salle avait beaucoup de succès, une grande partie des visiteurs s’y arrêtait pour essayer les différentes animations proposées. Cinq « ateliers » étaient donc répartis dans cette salle. La disparité de l’occupation de la salle montre que les ateliers ne provoquaient pas tous le même enthousiasme. ntm3

En observant les visiteurs, je me demandais ce qui fait qu’une activité est plus attractive qu’une autre. Comme M. Boltanski l’expliquait hier, le visiteur veut « toucher et voler », ou plutôt emporter un objet avec lui. Et s’il conçoit lui même l’objet c’est encore mieux. J’ai tracé pendant mon observation un croquis des lieux avec un aperçu de la répartition des visiteurs observée à ce moment là.

schémaLégende – 1 : Atelier de tampons / 2 : Présentation des étapes de conception d’une oeuvre / 3 : Ecrans tactiles / 4 : Dispositif à détecteur de mouvements / 5 : Atelier de découverte tactile de matériaux.

Le lieu qui attirait les visiteurs en plus grand nombre était l’atelier de tampon.

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Des personnes de tous les âges étaient attirées par ce stand, et y restaient un bon moment. Le stand de découverte tactile des matériaux était aussi très demandé.

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Enfin, les écrans tactiles qui présentaient la collection du musée étaient aussi utilisés. Par contre on ne voyait pas grand monde s’intéresser au stand qui décrivait la conception d’une oeuvre ni du dispositif de détection de mouvements.

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Alors pourquoi cet intérêt pour certains ateliers plutôt que d’autres ? J’ai remarqué que les ateliers qui attiraient le plus de monde avaient en commun plusieurs choses : en plus de la visualisation d’un objet ils permettaient de toucher, de plus un agent du musée invitait les personnes à s’approcher avec un grand sourire.

En ce qui concerne le stand de tampons, l’agent encourageait les visiteurs à venir voir. Puis la possibilité d’agir incitait le visiteur à rester, il prenait alors en main les différents tampons. L’ordre qui régnait sur la table permettait rapidement de constater qu’il s’agissait d’une activité assez sérieuse, et pas seulement réservée aux enfants. Le papier de la carte postale était de bonne qualité, les tampons étaient bien rangés, l’agent prenait la chose au sérieux avec bienveillance. L’expérience était au finale très positive et lorsqu’un visiteur s’approchait, il participait souvent au dispositif jusqu’au bout et repartait avec sa carte postale.

Par contre, le stand utilisant la détection de mouvement n’était pas très fréquenté. Etant intéressée par ces technologies, je suis allée très rapidement le tester. La zone de détection des mains n’était pas vaste. Les mains pouvaient facilement en sortir et cela rendait son utilisation assez complexe. il m’a fallu quelques minutes pour maitriser les trois gestes basiques qui permettent de se déplacer sur l’écran, de zoomer et de sélectionner un objet. J’étais très motivée à l’idée de découvrir ce dispositif, donc j’ai pris le temps d’apprendre. Mais les autres visiteurs n’avaient pas le même intérêt pour cette technologie et ont tous abandonné rapidement. J’ai aussi remarqué que ce dispositif est fatigant musculairement. On est obligé de maintenir les bras dans une position inconfortable et de façon continue (si on relâche les bras, l’interaction s’arrête). Cela rend l’expérience peu agréable.

Alors pourquoi utiliser les nouvelles technologies ?

Un agent sympathique, un tampon et du papier semblaient beaucoup plus intéressants pour les visiteurs. Certes, mais le numérique nous permet de démultiplier les moyens : par exemple en ayant accès à toute une collection. J’ai testé l’année dernière à Futur En Seine un bras haptique, un outil qui permet de sentir la rugosité d’une pièce de monnaie antique sans la toucher directement. Imaginons ce que donnerait ce type de dispositif d’exploration tactile appliqué à un grand nombre d’oeuvres. L’expérience tactile serait alors étendue à toute une collection et du contenu pourrait être ajouté sous plusieurs formes (texte, vidéo) pour faciliter la compréhension.

Il en est de même pour le fait de ramener un objet chez soi, une imprimante pourrait permettre de créer un objet en utilisant un logiciel de conception graphique simplifié. Et pour associer l’attrait pour le toucher avec la création d’un objet, on pourrait imaginer l’impression de cartes avec de légers reliefs. Le visiteur repartirait alors avec son expérience tactile personnalisée .Le Tate Museum va encore plus loin en proposant une expérience qui fait appel à tous les sens, crée en relation avec des oeuvres d’art. Elle utilise notamment la technologie Ultrahaptics qui recrée la sensation du toucher avec des ondes sonores. 

Plus que regarder, le visiteur de musée veut aujourd’hui toucher, et s’approprier des oeuvres. Lui donner cet espace et ajouter à cela un accueil souriant et enthousiaste permet de créer une expérience unique et attrayante.

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Une réflexion au sujet de « Toucher et voler : de Boltanski à la visite du National Tokyo Museum »

  1. « Carambolages » ambitionne ac de bousculer le visiteur dans ses habitudes et de le mettre a contribution. Carambolage ? Comme le coup au billard qui consiste a toucher avec une seule boule deux autres boules ou comme le choc de plusieurs vehicules entre eux ?… Au visiteur de choisir entre ces deux acceptions celle qui conviendra le mieux a l’experience qu’il aura de cette exposition exceptionnellement novatrice dans son concept et sa scenographie.

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