skin2

De l’objet connecté au Moi Peau

Les objets connectés sont de plus en plus présents et tendent à se faire oublier pour mieux s’insérer dans nos usages quotidiens. Ainsi le CES 2016 a fait la part belle aux patchs et tatouages connectés. Des micro-puces analysent le taux d’alcoolémie, des tatouages temporaires scannent l’état de santé, des puces implantées sous la peau qui remplaceront bientôt l’identification par code : les pistes ne manquent pas pour fusionner le corps avec les nouvelles technologies.

Le patch connecté de La Roche-Posay

Du côté de l’utilisateur, les résistances sont pourtant bien là, si 42% des américains seraient prêts à porter un bracelet connecté, 8% seulement accepteraient d’avoir un tatouage connecté.

Un tatouage connecté est un objet beaucoup plus impliquant qu’un bracelet ou une paire de lunettes. Les tatouages nous renvoient à un rapport intime, celui que nous avons avec notre peau. La peau est intimement liée au psychisme selon Didier Anzieu (psychanalyste et professeur de psychologie) qui a étudié le concept de Moi-peau :

« Par Moi-peau, je désigne une figuration dont le Moi de l’enfant se sert au cours des phases précoces de son développement pour se représenter lui-même comme Moi contenant les contenus psychiques, à partir de son expérience de la surface du corps. »

Freud s’est également intéressé aux liens entre le corps dans son entier et le psychisme :

« Le moi est finalement dérivé de sensations corporelles, principalement de celles qui ont leur source dans la surface du corps. Il peut ainsi être considéré comme une projection mentale de la surface du corps […] »

Image main d'un homme
Source : pexels.com

Le rapport avec notre peau est étroitement lié à notre psychisme. Ce qui touche à notre peau a un impact direct sur notre état mental. La peau sert de rempart contre l’intrusion d’objets venant de l’extérieur. Coller des objets « actifs », agissants, sur la peau, revient à dépasser symboliquement la barrière protectrice de la peau et peut être vécu comme une intrusion physique et psychique.

La sensation d’intrusion ne sera peut être pas perçue au niveau psychique dans une situation « normale », ou habituelle. Mais dans une situation de fragilité, de stress, ou de dysfonctionnement de l’objet connecté, l’utilisateur se sentira envahi psychiquement et trouvera rapidement cet objet intolérable. Alors comment prendre en compte la relation complexe que nous avons avec notre peau, comment accompagner l’utilisateur dans l’acceptation d’un objet si proche de lui ?

- Se l’approprier

Il est important de permettre à l’utilisateur de s’approprier l’objet. Un corps étranger peut être facilement rejeté par l’utilisateur si il est en contact avec sa peau. Lorsque l’utilisateur s’approprie l’objet, il peut alors l’accepter comme faisant partie de son propre corps. La personnalisation peut être un moyen pour l’utilisateur de modeler l’objet pour l’adapter à son corps et le faire sien.

 - Prendre le contrôle… et le garder

L’utilisateur doit pouvoir à tout moment contrôler l’objet. Un smartphone qui ne répond pas aux ordres de l’utilisateur peut être agaçant, mais une puce insérée sous la peau qui n’en fait qu’à sa tête est bien au delà de l’agacement. L’utilisateur doit pouvoir contrôler l’objet, celui-ci doit donc être fiable. Et si l’objet ne fonctionne pas correctement, l’utilisateur doit avoir la possibilité de l’éteindre, de le rendre « inerte ». Donner les moyens à l’utilisateur de contrôler l’objet quoi qu’il arrive permet d’éviter des réactions « épidermiques ».

- être Informé

L’objet est conçu par une entité. Il est un lien entre l’utilisateur et l’entité. Et ce lien doit être « bon », c’est à dire basé sur la confiance. Cette relation de confiance permet d’accepter l’objet.

Un objet connecté intégré au corps implique un investissement plus important de la part de l’utilisateur, et pour l’entité de créer un lien de confiance fort dans cette triade qu’est l’utilisateur, la marque et l’objet.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>